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Version du 22/10/2002

AUX PRISES AVEC L'EMPRISE SECTAIRE : GLOSSAIRE

Jean-Claude Maes

Les définitions qui suivent ont été établies en recourant à la bibliographie, ainsi qu'à trois dictionnaires :

- Chemama et coll. (1995), Dictionnaire de la psychanalyse, Référence Larousse, Paris, 1997.

- Miermont et coll. (1987), Dictionnaire des thérapies familiales, Payot, Paris.

- Petit Larousse illustré, Paris, 1972.

Aliénation mentale : « L’aliénation mentale connote le trouble d’un homme qui devient psychiquement étranger à lui-même, à ses proches, à la société » (Miermont). Dans le cas de l’aliénation sectaire, elle est induite par la liturgie du groupe sectaire.

Amalgame : Dans son sens figuré, ce mot signifie : « Mélange bizarre, confusion » (Larousse). Dans son acceptation psychologique, il signifie qu’un individu mélange des concepts et/ ou des sentiments qui devraient être nettement différenciés en son chef, ce qui entraîne des confusions psychiques.

Amour conditionnel : Un amour qui est donné sous condition. Ce qui implique qu’il est lié à sa cause : si la cause disparaît, l’amour disparaît, du jour au lendemain. Par exemple, si un adepte cesse d’adhérer à la liturgie, il est exclu du groupe. Voir également : « Inclusion ».

Appartenance : En mathématique, ce mot signifie : « Propriété, pour certains objets, d’être des éléments d’un ensemble ». Neuburger oppose les groupes d’appartenance aux groupes d’inclusion. Dans les premiers, règne la singularité des individus autour d’une filiation commune, alors que dans les seconds, règne l’uniformité. 

Autonomie : L’autonomie n’est pas l’indépendance. On dit d’un individu qu’il est autonome, s’il est capable de se débrouiller seul. On dit qu’il est indépendant, s’il refuse toute aide. 

Censure paternelle : En psychanalyse, la censure est la « fonction psychique qui empêche l’émergence des désirs inconscients dans la conscience autrement que sous une forme déguisée » (Chemama). Ces désirs ont été refoulés dans l’inconscient parce qu’ils sont interdits par le tiers paternel.

Clivage : Pour Freud, le clivage est un phénomène tel que « le sujet adopte, sur un plan manifeste, deux attitudes psychiques opposées, indépendantes l’une de l’autre. Il existe ainsi une attitude qui tient compte de la réalité, et une attitude qui détache le moi de celle-ci » (Miermont). Voir également : « Moi », « Moi-Famille » et « Moi-Secte ».

Culpabilité : Le coupable est « celui qui doit être blâmé, puni », alors que le responsable est « celui qui doit répondre, être garant de ses propres actions ou de celles d’autrui dont il a la charge » (Larousse). Le « complexe de culpabilité » est « un état morbide où le sujet se croit, à tort, coupable de certaines choses » (Larousse). La culpabilisation est l’induction d’un tel complexe dans le chef d’autrui.

Déduire : voir « Induire ».

Dépendance : « Sujétion, subordination : être sous la dépendance de quelqu’un » (Larousse). Par extension, un sujet peut également se trouver sous la dépendance d’un produit chimique (alcool, drogue, etc.) ou culturel (perversion, secte, etc.).

Dichotomie : « Division d’un concept en deux autres qui recouvrent toute son extension » (Larousse). Test dichotomique : « Test dont tous les items n’appellent que des réponses oui, non » (Larousse). L’énoncé d’une croyance peut être dichotomique ou complexe. Voir également : « Clivage » et « Inclusion ».

Effroi : « Grande frayeur ; épouvante, terreur : répandre l’effroi » (Larousse). Freud oppose l’effroi à la peur et à l’angoisse, en insistant sur son caractère soudain et inattendu. Quand l’extase et l’effroi alternent dans un cycle comme c’est le cas en situation de dépendance, l’effroi devrait perdre rapidement son caractère inattendu, mais on peut constater que c’est rarement le cas. Sans doute du fait de l’immense capacité des personnes dépendantes à se mentir à elles-mêmes en ce qui concerne leur état. Voir également : « Extase ».

Emprise : « Influence, ascendant : avoir de l’emprise sur quelqu’un » (Larousse). Chez Nannini et Perrone, ainsi que chez un certain nombre de disciples de Racamier, l’emprise est un mode relationnel pervers qui pousse l’influence jusqu’à la possession. A bien des égards, l’emprise est l’envers de la dépendance.

Exclusion : voir « Inclusion ».

Extase : « Etat d’une personne qui se trouve comme transportée hors du monde extérieur » (Larousse). L’effroi étant l’inverse de l’extase, on pourrait défendre l’idée que ledit effroi est l’état d’une personne qui se trouve comme transportée hors du monde intérieur. Voir également : « Inclusion ».

Fantasme : « Réalisation psychique reposant sur la construction d’un scénario conscient ou inconscient, où le sujet est présent et où il met en scène un conflit entre l’accomplissement d’un désir inconscient et des processus de défense » (Miermont). Voir également : « Passage à l’acte ».

Filiation : « Ligne directe des aïeux aux enfants ou des enfants aux aïeux. Fig. Suite, liaison de choses résultant les unes des autres : filiation des idées, des mots » (Larousse). Les groupes d’appartenance relèvent tous d’une filiation, réelle, imaginaire ou symbolique.

Fusion : De deux individus, la fusion fait une seule entité. Etant donné le caractère illusoire d’une telle action, certains théoriciens lui préfèrent le terme de « collage ».

Groupe d’appartenance : voir « Appartenance ».

Honte : « Sentiment pénible, venant d’une faute commise ou de la crainte du déshonneur » (Larousse). Freud insiste sur la différence entre la honte et la culpabilité : le premier de ces sentiments est conditionné par le regard de l’autre, alors que le second est conditionné par un regard interne, que Freud a nommé « Surmoi ». Faire honte à quelqu’un, c’est lui mettre le nez sur sa faute ; le culpabiliser, c’est incarner son Surmoi de façon à le persuader d’une faute éventuellement imaginaire. Voir également : « Culpabilité » et « Emprise ».

Incestuel : L’incestuel pourrait être considéré comme un inceste moral, par opposition à l’inceste lui-même qui est sexuel. Mais l’incestuel est surtout un climat d’inceste qui règne en dedans ou en dehors d’un inceste, voire en dedans ou en dehors d’un contexte familial. Racamier postule un tel climat dans les familles psychotiques, Eiguer dans les couples pervers, Hirigoyen dans les situations de harcèlement, et Diet dans les sectes.

Inclusion : Neuburger (1984) oppose les groupes d’appartenance aux groupes d’inclusion. Dans les premiers, règne la singularité des individus autour d’une filiation commune, alors que dans les seconds, règne l’uniformité. Ce mode de collusion suppose que les membres du groupe sont réduits à certaines de leurs caractéristiques (communes) à l’exclusion des autres caractéristiques (singulières). L’exclusion frappe également les individus extérieurs au groupe d’inclusion.

Induire : La déduction est la « conséquence tirée d’un raisonnement », alors que l’induction, à l’inverse, est un « raisonnement qui va du particulier au général » (Larousse). « Induire » peut signifier : « Amener à, pousser à : induire en tentation » et aussi : « Induire en erreur, tromper à dessein » (Larousse).

Liturgie : « Ordre des cérémonies et des prières déterminé par l’autorité spirituelle compétente » (Larousse). Dans son sens premier, le rituel est le livre qui fixe cet ordre, mais dans son sens actuel le plus répandu, 1) il n’est pas forcément religieux, 2) il peut être auto-déterminé et 3) il est souvent inconscient. De façon générale, les rituels sectaires servent l’inclusion des adeptes, et exigent l’exclusion des rituels antérieurs (religieux, mais aussi familiaux, sociaux, etc.)

Moi : « Ce qui constitue l’individualité, la personnalité » (Larousse). En philosophie : « sujet pensant : le moi se pose en s’opposant : moi et non-moi » (Ibidem). En psychanalyse, il s’agit d’une instance intra-psychique aux multiples fonctions, dont la définition a beaucoup varié au fil du temps et des théoriciens. Nous retiendrons que c’est « l’instance du registre imaginaire par excellence, donc des identifications et du narcissisme » (Chemama).

Moi-Famille/ Moi-Secte : Le vécu sectaire impose aux adeptes un clivage qui scinde leur Moi en un Moi-Famille dont les identifications et la loyauté vont à leur famille d’origine, et un Moi-Secte conforme à l’idéal sectaire. Voir également : « Inclusion ».

Passage à l’acte : Le sujet réalise un de ses fantasmes dans le réel, sans y avoir préalablement réfléchi, sans en avoir réellement fait le choix. Au fond, c’est une façon de jouer les conflits intra-psychiques en actes plutôt qu’en pensées. Voir également : « Secret » et « Psychosomatique ».

Psychosomatique : En première lecture, les maladies psychosomatiques sont des maladies dont les symptômes sont somatiques et les causes en partie psychiques, par opposition avec les conversions hystériques dont les causes sont exclusivement psychiques. En seconde lecture, on relèvera que « le processus de somatisation est lié à une carence de mentalisation avec appauvrissement fantasmatique » (Miermont). Voir également : « Passage à l’acte » et « Fantasme ».

Phobie : La psychanalyse explique les phobies en postulant que quand le Moi refoule une image angoissante dans l’inconscient, l’angoisse reste d’abord quelques temps flottante, puis se fixe sur une autre image, qui se met à fonctionner comme signal d’angoisse. La culpabilisation incessante des adeptes de sectes amène leur Moi à refouler de nombreuses images non conformes à l’idéal imposé par le gourou. Tout porte à croire que les phobies qui en découlent sont récupérées par la liturgie sectaire.

Position responsable : voir « Responsabilité ».

Possibles : Utilisé comme substantif et au pluriel, ce mot désigne le faisceau de destins entre lesquels un sujet peut choisir. Il ne s’agit pas de ce dont il est capable, de ses possibilités, mais de ce vers quoi sa personnalité peut le diriger, que cette direction lui soit ou non favorable. 

Réalité : La réalité est relative à chaque individu, car elle est la perception que chaque individu a du réel. Néanmoins, la définition de la réalité suppose « un accord socialement partagé, et stabilisé, des relations signifiant/ signifié. Le fantasme et le rêve remettent en cause cet accord signifiant/ signifié sur le plan individuel, tandis que le délire remet en cause cet accord à un niveau collectif inter-groupal » (Miermont). A bien des égards, la réalité sectaire est une forme de délire collectif.

Responsabilité : « Obligation de réparer le dommage causé à autrui par soi-même, par une personne qui dépend de soi, ou par un animal ou une chose qu’on a sous sa garde » (Larousse). La honte et la culpabilité sont des sentiments vis-à-vis d’une faute, alors que la responsabilité est une position que l’on prend face à cette même faute.

Révélation d’un secret : En thérapie familiale, on s’intéresse au secret en tant qu’il constitue un trou dans la réalité, et a, de ce fait, un effet sur la dynamique du groupe. La révélation d’un secret prendra souvent l’allure d’un passage à l’acte, avec pour conséquence que ce secret restera entier faute d’être devenu compréhensible aux membres du groupe ou à l’entourage extérieur.

Secret : voir « Révélation d’un secret ».

Sentiment d’abandon : Il s’agit là d’un fondement du Surmoi probablement préalable au sentiment de culpabilité. De fait, dans un premier temps, l’enfant obéit aux interdits non tant parce qu’il se sentirait coupable que parce qu’il a peur d’être abandonné. Il paraît clair que les sectes jouent énormément sur cette corde. Voir également : « Triangle oedipien ».

Sentiment de culpabilité : voir « Culpabilité ».

Singularité : voir « Uniformité / singularité ».

Tiers paternel : Dans tout triangle oedipien, celui qui incarne la loi. Il interdit le passage à l’acte incestueux, et à ce titre, c’est l’opposé de l’incestuel.

Triangle oedipien : « Un triangle se crée habituellement par l’établissement d’une coalition stable entre deux personnes (dyade), telle qu’une troisième personne se trouve impliquée par cette dyade » (Miermont). Le triangle oedipien comprend le père, la mère et l’enfant, ou leurs équivalents en terme de fonctions (Exemple : le roi, la patrie et le citoyen). Il est fonctionnel si « les conjoints ont confiance dans leur relation conjugale et sont ainsi capables de pallier les craintes qu’a l’enfant d’être abandonné » (Miermont). Le triangle est qualifié de « pervers » quand un des parents fait « couple » avec un des enfants. Voir également : « Incestuel ».

Uniformité / singularité : Curieusement, l’identité peut être synonyme d’uniformité, si elle désigne un élément commun à plusieurs individus (considérés, sur base de ce caractère partiel, comme identiques), ou synonyme de singularité, si elle désigne un assemblage original d’éléments caractéristiques d’un individu unique. Voir également : « Moi ».

Utopie : « Conception imaginaire d’un gouvernement idéal. Système ou projet qui paraît irréalisable » (Larousse). Il est à noter que le mot « gouvernement » désigne d’abord l’action de gouverner, ensuite seulement l’ensemble de ceux qui gouvernent. De plus, cette action peut s’exercer sur un pays, mais également sur d’autres groupes, voire sur un individu.

 

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